Le jour où je dis “je t’aime”
On dit que faire des enfants est un acte égoïste. Avoir un enfant, c’est pour moi, être prêt à lui donner tout l’amour qu’il réclame, ne rien attendre de lui sauf qu’il vive. Avoir un enfant c’est en partie s’oublier soi, ses peurs, ses envies, pour donner le maximum à cet enfant.
Mais avoir un enfant, ce n’est surtout pas attendre de lui qu’il vous donne l’amour/la reconnaissance que vous attendez des autres. On ne fait pas un enfant pour être une déesse à ses yeux, pour qu’il se soumette à vos quatre volontés en vous bénissant. On ne fait pas un enfant pour ne se projeter qu’à travers lui et oublier qu’il est une personne à part entière. On ne fait pas un enfant pour lui faire du chantage à l’amour ni pour exiger de lui qu’il vous aime parce que vous avez été malade pendant la grossesse, parce que vous lui avez nettoyé ses couches, parce que vous “avez sacrifié votre vie” au moment de sa conception, de sa naissance !! On ne fait pas un enfant juste pour agrandir son cercle d’adeptes/dévots. On ne fait pas un enfant si on n’est pas capable de se remettre en question, si on est incapable à un moment donné devant le désespoir de votre enfant de baisser la garde et de lui dire “Pardon, je t’aime, j’ai conscience que je t’ai fait du mal”.
D’elle, je ne peux infirmer le fait qu’elle sache parfaitement ce qu’elle fait quand elle joue avec les autres. D’elle, je ne peux pas dire que je la vénère. D’elle, j’ai hérité bon nombre de mes peurs, de mes angoisses et mes haines et peu d’amour. D’elle, je peux juste dire que je l’aime et que je l’aimerais toujours.
Sauf que tout change petit à petit. Pourquoi, parce que je ne veux pas être elle, je ne veux pas devoir exiger de mes (futurs) enfants qu’ils m’aiment, parce que je ne veux plus vivre dans un monde de crainte car c’est ça la vérité : elle a peur, peur d’être seule, peur de se regarder en face et de voir que, oui, elle s’est oubliée pendant tout ce temps à force de courir après je ne sais quoi. Et surtout parce que je l’aime (je suis bien la chair de ta chair) et que je ne veux pas avoir un jour à regretter d’être entrée dans son manège et de ne pas avoir pu lui exprimer mon amour comme je veux.
Je suis de moins en moins la petite fille qui pleurait parce qu’elle avait eu 18/20 au lieu de 20/20 et donc qu’elle aurait juste droit à un “tu peux mieux faire”.
Je suis de moins en moins la petite fille puis la jeune fille qui ne s’est jamais trouvée assez belle/maigre pour avoir droit à un compliment de sa part.
Je suis de moins en moins celle qui n’osait pas se faire des amis ou du moins se battre pour les garder parce qu’une personne ne les trouvait pas assez riches ou intelligents.
De moins en moins… Même si je le suis encore trop souvent à mon goût, même si c’est très dur au quotidien de se surpasser, de sortir de ce schéma, j’y arrive petit à petit. Tout ça grâce à une personne en particulier. (Je ne sais pas s’il existe vraiment une entité là-haut mais si oui, alors je bénis le jour où elle a fait en sorte qu’un Hamster rentre dans ma vie. Toutes les histoires ont une fin, et même si je souhaite que la fin de celle-ci arrive le plus tard possible, je sais que quoiqu’il arrive, le bien est déjà fait.) Je sais enfin ce que cela veut dire d’être aimée pour autre chose que la recherche de l’excellence, je sais ce que c’est que de se dire j’ai autant le droit d’être heureuse que n’importe qui. Je comprends que pendant des années j’ai sacrifié ma joie et mon bonheur à trop vouloir celui de ma mère. Je découvre ce que c’est que de se faire des amis, de sortir le soir, de faire du shopping, de parler de tout et de rien.
Et çà, je dois à celui qui me supporte et qui m’aime. Bien sûr que mes parents m’aiment, je ne les prends pas non plus pour des monstres, mais ils m’aiment à la manière des parents ou à leur manière tout simplement. Alors avoir quelqu’un qui vous aime autrement, c’est un gros bouleversement, une grande aventure mais qu’est-ce que c’est bien.

