Sur la table de chevet





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Acte de paresse

Pas besoin de longues explications, j’ai préféré profiter des instants en tête à tête avec ma fille que de faire acte de présence ici et ailleurs.

J’ai préféré ne pas penser à mon retour au travail vu les crises d’angoisse que cela entraine. Et pourtant ….
Dans moins de 3 semaines, je vais devoir reprendre le RER, sourire à des gens que je n’ai pas vu depuis 6 mois (et qui ne m’ont pas manqué une seconde), ravaler mes larmes et chercher un nouveau poste car je ne veux plus prendre le risque de mettre en danger ma fille comme ce fut le cas en septembre dernier.

Et tous les soirs à 18h, j’aurai droit au sourire de ma fille, à ses demandes de câlins et il faut espérer que cela suffira pour tenir le coup quelques temps, histoire de pouvoir travailler sérieusement et sereinement sur cette fichue confiance en moi.



2 semaines avec toi …

Il y a 2 semaines, à cette heure-ci, Paris était sous la neige, Ooknon avait du à venir nous rejoindre (plus de taxis, plus de bus, juste de la neige et du verglas sur tous les trottoirs) et moi je te regardais dormir.

Pendant 9 mois, j’ai eu peur de ne pas savoir t’aimer, de ne pas savoir m’occuper de toi et combler tes demandes d’affection.

Pendant 9 mois, j’ai vu ressurgir mes démons, ce manque et cette souffrance qui ne pourront pas être comblés, mais évoluer pour être moins douloureux.

Un jour, j’arriverai sûrement à te raconter cette étape, le passage obligé en urgence à 6 mois de grossesse  par la thérapie pour ne plus nuire à ton développement physique  et essayer d’éviter un rejet et une dépression à ta naissance.

Mais pour le moment, je me contente juste de te regarder dormir, de sentir tes cheveux quand tu te réfugies dans mes bras, de te regarder droit dans les yeux quand je te nourris et d’ensevelir les angoisses normales d’une mère quand je ne comprends pas tes rares pleurs.

Pour le moment, tu es juste ma petite Augustine, mon bébé qui dépend de moi et qui se fiche totalement de l’incapable que je pense être.

A.

Les mots de la grossesse…

3 mois sans écrire, 3 mois à commencer des billets, 3 mois à ne pas trouver les mots justes.

3 mois à continuer sur la pente descendante, à me laisser submerger par mes émotions, par mes doutes, par mes démons personnels en ce qui concerne ma vie professionnelle,

2 mois à ne pas oser crier la douleur due à la peur de ce futur de plus en plus proche ; à la peur de reproduire un schéma affectif toxique, fait de comparaisons, de rejets, de non-dits, de mots assassins et pour finir d’une carence affective notable ; ou au contraire de tomber dans le schéma inverse, fait d’un étouffement, d’une surprotection, d’une impossibilité à laisser une personnalité de construire, s’affirmer.

1 semaine à regarder son plafond, les nuages, les ouvriers chargés de l’immeuble d’en face ; 1 semaine à pleurer, à se sentir minable, incapable de mener quoique ce soit à son terme (grossesse, travail, relations amicales, …) , à ne parler à personne, à se retrouver uniquement face à soi-même et ses démons.

Encore 10 semaines à rester allongée, à essayer de dompter ses peurs, à prendre des résolutions qu’il faudra tenir, à relativiser, à essayer de gagner en sérénité et en pragmatisme.

Encore 3 mois pour essayer de m’approprier mon corps, ma grossesse, pour ne pas regretter la trop forte influence de ma mère et de son mal-être sur ma vie à moi, sur la famille que je veux construire.

Encore 6 mois pour essayer de trouver sa voie, de décider de son avenir professionnel, pour se remonter les manches et faire fonctionner les réseaux, les neurones et oser être comme je voudrais qu’on me perçoive.

Finalement, je n’avais pas tort quand je pensais qu’un permis psychologique d’enfanter serait pas si mal dans mon cas.